C’est vache!

Le titre, la couverture m’avaient déjà embarqué dans un autre monde. Déjà j’imaginais les étendues sauvages de l’ouest américain, me glisser dans la peau d’un Jesse James, d’une Calamity Jane, d’un Buffalo Bill, ou alors d’un Geronimo, d’un Cochise. Je voyais déjà débouler le général Custer à la tête de ses tuniques bleues. Mais las! Rien de tout ça ici. Je me suis retrouvé dans la peau d’un éleveur qui vend son bétail à la ville. Oui monsieur ! Dans Great Western, on ne dégaine pas plus vite que son ombre, on ne fait pas le coup de poing dans les saloons. Pour autant l’univers n’en est pas moins impitoyable.

Pour faire court, le titre du jeu aurait tout aussi bien pu être « ma petite entreprise ». Le joueur gère une exploitation agricole dont l’objectif est d’inonder le marché américain de bovidés. Oui, là c’est un peu trop résumé. En fait le jeu est plus subtil que ça, bien plus à vrai dire. De prime abord, et à l’explication des règles, le néophyte aura plutôt tendance à fuir. Retenez-le. Une fois passé ce premier écueil, le jeu se révèle réellement. Ne vous laissez pas effrayer.

La complexité vient surtout des diverses manières de marquer des points. Agrandir son troupeau, transporter du bétail, mais aussi construire des bâtiments, relier de nouvelle gares, éliminer des obstacles sont autant de façon d’engranger des points. Difficile donc de se concentrer sur un nombre restreints de paramètres, au point que le jeu semble trop pansu pour être digéré facilement. La pratique montre le contraire.

Pour faire court, encore, le joueur n’a, à son tour, qu’une seule chose à faire : avancer son pion (de 1 à 4 emplacements en début de partie), puis de résoudre les actions indiquées par la case où il se trouve. Et c’est tout, rien de plus, rien de moins. Alors me direz-vous, où est le problème. Surtout que les actions possibles ne sont pas légions : recruter du personnel, construire un bâtiment, avancer son train, acheter du bétail, vendre du bétail, bref, rien que de très basique.

Mais le diable se cache dans le détail, et c’est bien là que réside tout le piment de ce jeu. On ne peut pas tout faire, même si on aimerait bien. Donc il faut savoir où l’on veut aller, de quelle manière on peut engranger des points efficacement. Fondamentalement, il existe trois manière de cumuler des points : l’élevage, la construction, le rail. Bien entendu se concentrer exclusivement sur l’une de ces manières en négligeant les autres s’avérera insuffisant. Il est donc primordial de trouver la bonne alchimie entre les stratégies.

Pour faire long, les ingrédients ne sont pas toujours faciles à trouver. Pour l’élevage, il faut recruter des cowboys, pour la construction des architectes, pour le train des ingénieurs. Mais ces personnages ne sont pas toujours disponibles le moment venu. Une fois un personnage recruté, encore faut-il parvenir au bon moment sur la case qui permet de l’utiliser. Car le choix du bétail à acheter se réduit au fil des achats, le nombre de cases où construire diminue au fil des constructions, le nombre de gares à exploiter s’amenuise au fil de l’avancement des trains.

Un autre paramètre qui ajoute à la subtilité du jeu est le fait que chaque joueur va améliorer ses capacités au fil des livraisons de bétail. Mais elles sont nombreuses. Il convient donc de les libérer de manière à booster la stratégie adoptée. Sans oublier la contrainte principale : la livraison de bétail est obligatoire. Au bout de son chemin, et ce bout arrive tôt ou tard, le joueur doit faire embarquer ses bêtes dans le train. Et il doit à chaque fois livrer dans une ville différente qui oblige à augmenter la valeur de son troupeau. Faute de quoi, il doit livrer à Kansas City, ce qui, bien sûr, rapporte de l’argent, mais fait aussi perdre des points de victoire à la fin de la partie.

Au final, Great Western est un jeu exigeant, très complet, à la mécanique simple. Une seule et unique partie ne suffira pas à enthousiasmer le joueur. Il faut bien y jouer deux ou trois fois pour en déguster toutes les subtilités. Et pour celles et ceux atteints par l’ennui pour y avoir trop jouée, le jeu est désormais affublé d’une extension « Ruée vers le nord » qui donne encore plus de profondeur et de rejouabilité et offre de nouvelles possibilités stratégiques. Pour ma part, je dirai que l’essayer c’est l’adopter, sans l’ombre d’une hésitation.



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